OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Musique et grève : C’est dans la rue ! http://owni.fr/2010/10/13/musique-et-greve-cest-dans-la-rue/ http://owni.fr/2010/10/13/musique-et-greve-cest-dans-la-rue/#comments Wed, 13 Oct 2010 09:43:05 +0000 Valentin Squirelo http://owni.fr/?p=27040 Si vous vous êtes déplacés dans les cortèges pour lutter contre la réforme des retraites lors de ces derniers jours de mobilisation, vous l’avez sans doute vous aussi entendu, cet air vindicatif et entraînant, comme une grosse bouffée d’air vous motivant à battre le pavé. Découvrez la Compagnie Jolie Môme à l’origine de “C’est dans la rue”.

C’est dans la rue que ca se passe !

Hormis celles volontairement silencieuses, les manifestations ont toujours eu une dimension sonore. Portant les revendications du peuple descendu dans la rue, la combativité sur le pavé s’exprime par le biais de slogans criés haut et fort, ou de chants révolutionnaires chargés de sens politique (voir cet article de Slate sur les chansons en manif)

Peu à peu les mégaphones se font rares, au profit des grosses sonos portées par les camions syndicaux. Si elles servent aussi à haranguer la foule et à lancer des slogans, elles sont aujourd’hui souvent utilisées pour diffuser de la musique, chaque syndicat inondant la masse circonscrite de ses adhérents de sons plus ou moins hors contexte.

Allant de l’altermondialisme boboïde (la fameuse “musique du monde”) avec Manu Chao, un peu de punk français avec les Sales Majestés, (qui a au moins le mérite de faire appel aux clichés satisfaisants de l’anticapitalisme avec “Les patrons”), on souffre encore plus des aberrations telle que “Belle” de la comédie musicale “Notre Dame de Paris” à laquelle la CGT paraît très attachée (#WTF).

Dans ce marasme sonore, les récentes manifestations qui se sont déroulées en France ont vu émerger une chanson, diffusée massivement, au point de devenir d’une certaine façon un “tube”, une rengaine, qui pour une fois prend tout son sens sur les pavés.

Outil de lutte

Cette chanson, “C’est dans la rue que ca se passe”, entêtante et stimulante lorsque l’on se retrouve dans la rue, est l’oeuvre de la compagnie Jolie Môme.

Sur leur site Internet, la compagnie se définit comme suit:

C’est une troupe. Qui joue beaucoup, ses propres pièces ou un répertoire hérité de Brecht, Prévert… Qui chante souvent, sur les scènes comme dans la rue. Qui lutte parfois, pour ses droits ou en soutien aux autres travailleurs. Qui fait vivre un théâtre, La Belle Étoile à Saint-Denis. Qui monte un chapiteau, pour s’implanter quelques semaines dans une région. Jolie Môme c’est encore une association, dont les adhérents constituent autant de relais d’information et de mobilisation.

Présente sur les luttes (notamment celles des intermittents du spectacle) depuis sa création en 1983, intrinsèquement militante et investie, elle a conçu cette chanson comme un outil de manifestation, une contribution à la résistance sociale.

La compagnie Jolie Môme perçoit peu de subventions, mais réussit à vivre de son art en se produisant à travers toute la France, soutenue par sa communauté d’adhérents. La troupe a cinq CDs à son actif, qu’elle refuse de commercialiser par les voies classiques, préférant les vendre en direct lors de ses spectacles et par le biais de petits disquaires et libraires alternatifs. Elle diffuse régulièrement ses morceaux gratuitement, à l’image de “Ca se passe dans la rue” dont vous pouvez télécharger le mp3 sur le site, ou à la fin de cet article.

Compagnie de théâtre populaire, mais également de chanson, l’initiative artistique est protéiforme :

Si nous chantons sur scène, vous nous verrez aussi souvent au détour d’une rue ou d’une manif pour soutenir des travailleurs en lutte, arborant tranquillement un grand et beau drapeau rouge. La Compagnie Jolie Môme est une compagnie de théâtre, nous avons créé et joué récemment un spectacle sur l’Empire Romain et l’esclavage, sur la Commune de Paris, des pièces de Brecht, Prévert. Attachés à la beauté et à la force des mots, nous espérons faire un théâtre populaire. C’est à dire un théâtre festif, où l’on se retrouve entre amis, entre camarades et où règne une atmosphère d’insolence, de rébellion. Cette atmosphère fraternelle participe à faire de notre théâtre et de notre chanson des actes politiques.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Du 19 novembre au 9 décembre, la compagnie Jolie Môme présentera son nouveau spectacle, Inflammable, un huit clos en entreprise adapté d’un texte de Thierry Gatinet. Les représentations se dérouleront dans leur théâtre “La belle étoile”, à St Denis.

Téléchargez le mp3 de “C’est dans la rue”

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Image de clé CC flickr : manuel | MC

Image Compagnie Jolie Môme

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“S’opposer de manière utile et constructive” http://owni.fr/2010/02/02/sopposer-de-maniere-utile-et-constructive/ http://owni.fr/2010/02/02/sopposer-de-maniere-utile-et-constructive/#comments Tue, 02 Feb 2010 18:34:47 +0000 Seb Musset http://owni.fr/?p=7585

Certains ont encore du mal à voir des évidences qui s’imposent depuis déjà dix ans : Si le Parti socialiste peine à faire rêver c’est par son manque de hargne, dans sa représentation la plus visible, à défendre les valeurs de gauche.

C’est sur ce constat, et parce que de la hargne il en a, que dans la foulée du vote des motions du congrès de Reims, Jean-Luc Melenchon claquait enfin la porte du PS où il vivait “tranquillement comme spécimen de gauche, dernier marxiste” pour se “jeter dans le vide avec des communistes” et créer le parti de gauche visant rien de moins que la refonte du socialisme.

A l’initiative du journal Vendredi et accompagné des blogueurs vogelsong, Ronald d’Intox2007, Laure Leforestier, Guillaume d’Owni.fr Richardtrois, mancioday, dedalus, j’ai rencontré la semaine dernière un Jean-Luc Mélenchon balançant de la révolte au scepticisme mais dont rien n’ébranle les convictions.

La première partie de l’entretien est une charge philosophique sur les médias et la façon biaisée d’introduire le débat, l’autocensure de certains journalistes, le jeu continu entre le faux et le vrai dont vous trouverez le compte-rendu chez Piratages.

Concentrons-nous sur l’analyse du socialisme, passé présent et futur, qui sera le fil rouge du reste de l’entretien. (Je vous encourage à écouter les extraits audio jusqu’au bout, ça vaut le détour !)

Ça commence mal : Dedalus fâche Jean-Luc Mélenchon avec cette question que beaucoup se posent (tout de même) : “Est-ce qu’en sortant du PS il n’y a pas cette tentation de taper systématiquement dessus et finalement d’empêcher l’union ?“.


Colère.


JLM : - Qui divise la gauche ? Si ce n’est ceux qui ont décidé d’y mener une politique qui n’a rien a voir avec la gauche !” [...] Je suis contre les alliances avec le Modem, parce que le modem c’est la droite. Que dois-je faire ? Me taire ou le dire ? Madame Aubry se déclare à la télé pour la retraite à 62 ans et vous me dites : comment Monsieur Mélenchon vous osez la critiquer ? Et c’est moi qui aggraverait la division de la gauche ?


JLM poursuit son explication musclée sur la seule finalité de son parti : Forcer le PS à revenir à gauche. Il étaye sa démonstration sur son observation des mutations européennes (politiques libérales de Blair et Schroeder) ainsi que sud-américaines causées par un socialisme dévoyé.
JLM : “- La catastrophe italienne pour moi est la plus glaçante : Il n’y a plus de parti de gauche ! Ça répond à votre question ? Moi je suis obligé de me dire mais qu’est-ce que je suis entrain de faire ? Je suis entrain [à l'époque] de raconter aux gens que le débat continu à l’intérieur du PS, que faire autrement c’est diviser. Sauf que petit a petit la pente est prise, y a plus de résistance, y a pas de réaction !

Son devoir, continue-t-il, est de critiquer le PS français qui en arrive progressivement au point italien.

“- La responsabilité individuelle d’un homme libre c’est de s’opposer au moment où on peut le faire, de manière utile et constructive. [...] Il faut changer la gauche, changer son centre de gravite, rectifier son programme sur son orientation.
Suite de la réponse en audio (A propos de la gauche en Amérique du Sud et de Chavez) :

A l’idée qu’on puisse le soupçonner d’amalgamer socialistes français et sud-américains, Melenchon repart au quart de tour :

Ré insuffler de “la révolution” à gauche tout en restant dans un cadre républicain et générer l’implication populaire.
La question de l’alliance avec le NPA, pas réputé pour sa volonté d’accéder au pouvoir, est replacée dans une perspective historique : JLM rappelle qu’il y a 30 ou 40 ans nombre de socialistes étaient bien plus extrêmes que les extrémistes de gauche d’aujourd’hui :

JLM :- Vous avez vu ce qu’était le PS dans les années 70 ? […] On était un parti révolutionnaire. C’était marqué dedans. Il y avait du double vitrage à ma fédération et quand je demandais pourquoi on me disait : « camarade, l’ennemi de classe ne se laissera pas faire. » […] On peut toujours dire c’est pas ça qui s’est passé mais je rappelle que l’on a nationalisé toutes les banques, le tiers de l’industrie etc, etc.. et que « le vieux » [François Mitterrand] que l’on présente comme un machiavel cynique a toujours refusé de signer les ordonnances de privatisation jusqu’à son dernier souffle. »
A ce sujet, le chef du parti de gauche réhabilite la stratégie politique de François Mitterrand. Il donne sa version de l’élection de 1981 et du “tournant de la rigueur de 83″ :

1ere partie :

2eme partie :

En fin d’entretien, je lui demande si les élections régionales, avec un PS annoncé triomphant et donc peu enclin à l’autocritique, ne risquent pas de reporter son message d’encore un scrutin ? Réponse pragmatique et ouverte sur un deuxième scénario… :

Leçon de gauche terminée.

Pendant ce temps…

Dominique Strauss-Kahn est, parait-il, le candidat socialiste préféré des français…

» Articles initialement publié sur Les jours et l’ennui de Seb Musset

Articles connexes :

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Si le climat était une banque, ils l’auraient déjà sauvé ! http://owni.fr/2009/12/17/si-le-climat-etait-une-banque-vous-lauriez-deja-sauve/ http://owni.fr/2009/12/17/si-le-climat-etait-une-banque-vous-lauriez-deja-sauve/#comments Thu, 17 Dec 2009 09:40:14 +0000 Agnès Maillard http://owni.fr/?p=6288
Hugo Chavez, conférence climat de l’ONU à Conpenhague (VF), 16 décembre 2009, VO from Reuters

The rich countries of the north helped bankers, the big banks. I’ve forgotten the figure, but it’s astronomical.

What they’re saying on the streets is that ‘if the climate was a bank they would already have saved it’. I think it’s true. if the climate was a capitalist bank, a capitalist bank, one of the biggest ones, they would have saved it.

I think (U.S. President Barack) Obama isn’t here yet. He got the Nobel Peace Prize almost the same day as he sent 30,000 soldiers to kill innocent people in Afghanistan.

There is an imperial dictatorship in this world, and we continue to denounce it. There is no democracy in the world. The destructive model of capitalism is eradicating life.

We need to consume less and distribute more. Climate change is certainly the most devastating environmental problem of the last century — droughts, hurricanes, floods the rising sea level, heatwaves and so on.

Les pays riches du Nord ont aidé les banquiers, les grosses banques. J’ai oublié la somme, mais c’est astronomique. Comme ils le disent dans la rue, “si le climat avait été une banque, il l’auraient déjà sauvé!”. Je pense que c’est vrai. Si le climat avait été une banque capitaliste, une banque capitaliste parmi les plus grosses, ils l’auraient sauvée. Je pense qu’Obama n’est pas encore là. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix le jour même où il envoyait 30 000 soldat tuer le peuple innocent d’Afghanistan. Il s’agit d’une dictature impériale de ce monde et nous continuons à la dénoncer. Il n’y a pas de démocratie dans le monde. Le modèle destructeur du capitalisme est en train d’éradiquer la vie. Nous devons consommer moins et distribuer plus. Le changement climatique est certainement le problème environnemental le plus destructeur de ce siècle : sécheresses, ouragans, inondations, élévation du niveau de la mer, vagues de chaleur et ainsi de suite.

Pendant ce temps, dans les rues de Copenhague, ces gens luttent pour notre droit à la survie.

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Ce n’est pas parce qu’ils n’en ont rien à foutre qu’on va se priver de leur donner notre avis! http://owni.fr/2009/10/02/ce-nest-pas-parce-quils-nen-ont-rien-a-foutre-quon-va-se-priver-de-leur-donner-notre-avis/ http://owni.fr/2009/10/02/ce-nest-pas-parce-quils-nen-ont-rien-a-foutre-quon-va-se-priver-de-leur-donner-notre-avis/#comments Fri, 02 Oct 2009 16:54:45 +0000 Agnès Maillard http://owni.fr/?p=4155

Ou comment une abstentionniste convaincue, voire forcenée, en vient à faire de la retape pour inciter à se rendre en masse dans des bureaux de vote sauvages. Et comme d’hab’, moins ils veulent qu’on y aille, plus il est important d’y aller.

VOTATION!Ce que j’aime par-dessus tout, c’est la bonne grosse démocratie avec du poil sous les bras, cette légitime aspiration des peuples a ne pas être que la variable d’ajustement des riches et des puissants, mais à exister, à vivre, à revendiquer et à beugler leur rage, leur frustration, leur profond sentiment d’injustice, surtout quand on leur intime l’ordre de bien vouloir subir en silence, en fermant cette grande gueule prolétaire qui écorche les petites oreilles fragiles et sensibles de ceux qui excellent à ramper sur les moelleuses moquettes de la République cent fois bafouée, cent fois reniée, cent fois utilisée, le caviar au bord des lèvres, pour justifier l’écrasement des plus pauvres, des plus petits d’entre nous.

Parfois, on nous demande fort civilement notre avis, juste histoire de vernir leurs grosses saloperies sous une fine couche de légitimité et de renoncement. C’est, le plus souvent, pour un choix qui n’en est pas un : alors, tu préfères quoi, petit peuple ignare, la peste ou le choléra Pimprenelle ou Nicolas la droite sévèrement burnée ou la gauche rose pâle, sachant que le gros de la différence tient à la qualité du lubrifiant dont on se servira par la suite pour singulièrement élargir ton petit point de vue trop étroit pour appréhender la magnificence de cet ordre nouveau qui se fera malgré toi, sur toi et surtout, sans toi ? Ou alors on nous bourre le mou (et un peu les urnes, en passant) avec un choix tout pourri à une seule alternative : Ton Europe, tu la veux méchamment libérale ou totalement et libéralement débridée ? Prière de ne répondre que oui. D’ailleurs, hasard du calendrier, comme dirait un journaleux mal dégrossi de la transition lourdaude, aujourd’hui, c’est la session de rattrapage des Irlandais qui avaient fait leur mauvaise tête et avaient refusé de comprendre qu’on ne leur demandait leur avis qu’à condition qu’ils donnent la bonne réponse, un peu comme un gosse de maternelle qui reluque d’un œil rond et vaguement désespéré la maîtresse tant il sent qu’il faut toujours donner la réponse attendue plutôt que la réponse juste, dans tous les cas.

Alors, forcément, j’ai très très mal à ma démocratie ces derniers temps. Surtout qu’entre chaque branlette électorale, on en profite pour augmenter encore plus la dose de laxatif à nous prescrire de force sur l’air bien connu et désespérément vide de sens du fameux : mais puisque c’est pour ton bien !
C’est donc pour notre bien qu’on coule la Sécu à grand renfort d’exonérations de cotisations sociales, qu’on crève l’école républicaine au demonte-pneu en virant toujours plus de profs et en assurant, la main sur le cœur, que ça ne changera rien à la qualité de l’enseignement, qu’on assèche tout financement du secteur associatif, lequel pallie tant bien que mal aux divers dégagements sociaux de l’État. C’est toujours pour notre bien que le princident du pouvoir d’achat, le chantre du travailler plus pour gagner plus, reprend d’une main ce qu’il nous a déjà harponnés de l’autre, en appauvrissant les SMICards tout en augmentant tous les prélèvements obligatoires pour les crevards. Encore pour notre bien qu’on a refilé les bijoux de famille aux copainsau privé pour une bouchée de pain, les usagersclients de France Telecom pourraient en témoigner. Et ne parlons pas des salariés de cette ex noble institution ! Voilà qui devrait inspirer les petits hommes bleus d’EDF. Voilà, en tout cas, qui a semblé suffisamment convaincant aux petits poussins de la Poste qui, bien que massivement précarisés depuis des années, ont décidé de ne pas aller à l’abattoir sans lutte. Mais une belle lutte, une lutte démocratique, une lutte citoyenne, une consultation nationale, une votation, comme on dit au pays de la démocratie directe, où le petit peuple va enfin pouvoir reprendre sa démocratie en main, va enfin pouvoir répondre aux questions qu’on ne fait même plus semblant de lui poser.

Alors oui, ça ne va servir probablement à rien dans notre République des autistes. Notre gouvernement va continuer à appliquer servilement la note de route qui lui a été dictée par les puissants de ce monde, mais on s’en branle vigoureusement : quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent, il ne faut plus que ce soit en notre nom.

Alors, demain, si ce n’est pas déjà fait, allons tous ouvrir grand notre gueule contre le grand bond en arrière que l’on nous impose depuis des années ! Et il n’y a qu’à voir comme ils se dépêchent de vouloir nous faire taire pour bien comprendre à quel point, finalement, nos luttes comptent !

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Le Fakir sort des clous http://owni.fr/2009/09/15/le-fakir-sort-des-clous/ http://owni.fr/2009/09/15/le-fakir-sort-des-clous/#comments Tue, 15 Sep 2009 13:47:15 +0000 Agnès Maillard http://owni.fr/?p=3666

Il y a la presse-sandwich, qui glisse une fine couche d’infos vides qui brossent tout le monde dans le sens du poil entre deux grosses tranches de pub bien juteuses et puis il y a la presse-passion, avec plein de vrais bons gros morceaux d’informations qu’on ne trouve nulle part ailleurs et qu’une tribu de journalistes intègres et enragés est allée chercher sauvagement jusqu’au fin fond des latrines de la République.

Fakir te rendra ta monnaie de la pièce!François Ruffin mouille sa chemise pour diffuser son Fakir national, n’hésitant pas à troquer sa casquette de rédacteur en chef pour celle de vendeur de rue!

Fakir, le journal d’enquête sociale, fâché avec tout le monde ou presque, est l’un des rares à faire partie de cette deuxième catégorie et il est d’autant plus cher à mon cœur que toute l’équipe m’a fait l’extrême honneur de m’y laisser un strapontin de belle tenue. François Ruffin qui t’appelle pour te dire qu’il aimerait bien avoir un papier de toi, Ruffin, tu sais, le gars qui a démonté les arcanes de l’école de journalisme dont il venait à peine de franchir le seuil, Ruffin, l’auteur remarquable des sublimes chroniques sociales de la merde ordinaire chez Mermet, Ruffin, enfin, l’enragé froid qui a propulsé son petit canard d’empêcheurs de truander en rond de sa Picardie natale à l’échelle nationale, en y mettant ses billes, ses potes et pas mal de ses tripes, et bien, ce journaliste-là n’a pas acheté sa carte de presse à la braderie de Lille et quand il t’appelle en s’excusant de ne pas avoir de blé pour te sortir de ta propre impécuniosité, tu lui dis juste que ce n’est pas grave et que tu es ravie d’être de cette galère-là.
Évidemment, Fakir, ce n’est pas que Ruffin et son sens féroce de l’organisation et de la direction de troupe, c’est aussi toute une bande de joyeux déconneurs totalement barrés de la plume, de baroudeurs issus de la PQR, l’école de l’info que ne se chope pas en ronronnant derrière son clavier à attendre les dépêches de l’AFP, des gars enragés qui croient encore à l’info engagée et qui n’ont pas chipoté quand il s’est agi d’accueillir une petite nana sans pédigrée, sortie de nulle part. Bref, dans les comités de rédaction de Fakir, ça bosse dur et ça discute le bout de gras pour vous servir la meilleure info sociale possible dans un canard dans lequel on est fiers comme des poux de signer. Et quand François décide que tout est enfin bien carré, on va fêter le plus indignement possible jusqu’au bout de la nuit picarde ce qui s’apparente le plus à un Là-bas si j’y suis format papier.

C’est dire si je suis sûre de mon coup quand je vous annonce que le Fakir nouveau est dans tous les bons kiosques de France et de Navarre le 19 septembre prochain et qu’il faut en acheter plein, et abonner tante Agathe pour soutenir l’effort de guerre de la presse qui ne se couche pas ! En cadeau bonus, l’article que j’avais signé dans le numéro d’été.

Titre : Robinet à pesticides

Chapeau : A Paris, on avait pris l’habitude d’avaler le Château Chirac au robinet. Des mœurs (économiques autant qu’écologiques) que nous avons abandonnées sur injonction de la Préfecture lors de notre retour au bled…

Signature : Agnès Maillard.

Exergue : Il me fallait fissa laisser tomber l’eau du robinet, laquelle était potentiellement dangereuse pour mon fœtus et moi-même.

Qu’on se le dise : le bon écolo décroissant respectueux de l’environnement et des générations futures boit de l’eau du robinet, et c’est tout. Une saine habitude que nous avons pris lors de nos années de fac à Paris, plus motivés par l’idée de s’épargner l’escalade de nos étages sans ascenseur lestés de nos packs d’eau que de sauver la planète, mais le résultat était là.
Une saine habitude, donc, que nous avons cru pouvoir délocaliser sans peine lors de notre retour au bled, dans le Gers, département campagnard et bucolique s’il en est. Seulement, voilà : le jus de piscine qui sort de nos tuyaux n’a pas grand-chose à voir avec le délectable château Chirac que nous livrait la Ville de Paris jusqu’au fond de nos chiottes à Sanibroyeur SFA. Une eau pourtant garantie 100 % potable que nous prîmes donc bientôt l’habitude de verser préventivement dans des bouteilles en verre qui passaient la nuit dans le frigo, histoire de neutraliser le goût infect du breuvage. Une technique infaillible, mais tout de même plus agréable à appliquer l’été que l’hiver. Bref, les années passent et nous nous accrochons à notre eau du robinet quand bien même tous nos voisins, amis, famille, connaissances et relations diverses s’échinent à transbahuter de la flotte en bouteilles, ce dont nous nous gobergeons allègrement, entre l’effort supplémentaire, le surcoût monstrueux de l’opération et l’inutilité de continuer à enrichir les géants de l’agroalimentaire dont nous savons, de surcroît, qu’ils n’hésitent pas à embouteiller de l’eau du robinet qu’ils revendent à prix d’or1.

Jusqu’à ce jour d’été 2002 où je reçois nominativement un courrier de la Préfecture. C’est de ma faute aussi : je n’avais qu’à ne pas parler de ma grossesse à la Sécu, laquelle, un peu commère, s’est empressée de répercuter la nouvelle à toutes les administrations possibles et imaginables. J’ai gardé longtemps cette lettre à en tête bleu blanc rouge, jusqu’à ce qu’un archivage ou un déménagement de trop me fasse perdre sa trace. Je ne me souviens plus exactement de la tournure de la missive, mais l’idée générale me glaça le sang : il me fallait fissa laisser tomber l’eau du robinet, laquelle était potentiellement dangereuse pour mon fœtus et moi-même. Bien sûr, cette injonction assez puissante à ne consommer que de l’eau en bouteille ne s’accompagnait pas d’un chèque au montant suffisant pour me payer les mètres cube d’or bleu qu’il allait maintenant falloir me coltiner lors de mes courses.
Ainsi donc, la flotte que je buvais quotidiennement, en toute confiance, depuis des années, n’était pas assez potable pour les nourrissons et les femmes enceintes pendant quelques mois ! Par contre, il suffisait au nourrisson de relâcher le téton pour devenir immédiatement et miraculeusement eau-du-robinet compatible ! Renseignements pris, l’eau de mon bassin n’a pas grand-chose à envier à celle de nos amis bretons, essentiellement grâce aux pratiques agricoles intensives qui polluent l’ensemble des écosystèmes depuis des années : nitrates au plafond et large assortiment de pesticides. Sans compter les aberrantes pratiques d’irrigation des cultures qui vident les cours d’eau en été et augmentent encore plus les concentrations de polluants dans les bassins versants. Nous voilà donc condamnés, un temps, à transbahuter des kilos de flotte, histoire de ne pas se retrouver avec un bébé à deux têtes ou une autre joyeuseté dans le genre et à étancher notre soif avec un liquide bien précieux, puisque facturé dans le supermarché du coin deux cents fois plus cher que ce qui sortait de notre robinet.

Et que faire, après l’enfantage allaitage ? Parce qu’une fois informés de la qualité de notre eau potable, nous étions des plus dubitatifs quant à l’idée de recommencer à décanter de l’eau de piscine dans notre frigo. Et nous supputions qu’un breuvage nocif pour les fœtus pendant quelques mois ne devait pas être terrible pour notre fille et nous en prise quotidienne, tout au long d’une vie. Mais d’un autre côté, financièrement et intellectuellement parlant, il ne nous semblait pas non plus tenable de continuer dans l’eau en bouteille, horriblement chère, peu pratique, pas du tout écologique et peut-être même pas si sûre que cela. Nous pouvions nous rabattre sur des pratiques alternatives, mais néanmoins ancestrales, comme celles du grand-père, Gascon exilé dans le bordelais, convaincu que la flotte, c’est surtout bon pour laver le linge et cuire la soupe et que rien ne vaut un bon petit côtes de Blaye pour désaltérer le gosier. Il évite même le pastaga, parce qu’il faut mettre de l’eau dedans… Si son choix est gustativement défendable, le bilan en terme de santé risque d’être plus discutable et à ce compte-là, mieux vaut pouvoir se déplacer en transports en commun, parce que si on ajoute à la facture d’essence les prunes pour conduite en état d’ivresse, le bilan financier de l’opération est purement prohibitif.
Restait la solution de la filtration à domicile, un marché émergeant, auquel je prédis un avenir triomphant. Déjà, dans le bled, il y a de plus en plus de carafes à filtres qui trônent dans les cuisines, essentiellement pour des raisons gustatives. Le problème des carafes à filtre, c’est qu’elles sont diversement efficaces, la plupart filtrant surtout le chlore. À l’autre bout du spectre de la filtration à domicile, il y a des les osmoseurs, réputés tellement efficaces que même les sels minéraux, ils ne passent pas la barrière. Mais les engins sont coûteux à l’achat, nécessitent souvent des travaux pour installer un troisième robinet, ce qui disqualifie d’office les simples locataires que nous sommes. Reste le filtre à robinet, facile à installer, à utiliser, peu coûteux à l’achat et nettement moins gourmand en consommables que les carafes. Bien sûr, c’est un pis aller. Avec ce que nous payons comme frais d’assainissement et de filtrations sur notre facture de flotte, nous serions en droit d’espérer que l’eau qui sort de notre robinet soit directement avalable. Bien sûr, nous ne sommes pas certains que le filtre retienne vraiment toutes les saloperies que nos agriculteurs, entre autres, s’acharnent à injecter dans nos sols, jour après jour.

Hier encore, j’ai croisé un tracteur sur champ labouré qui se traînait pas moins de 10 cuves en plastique, chacune équipée d’une petite canule qui versait le produit dans la terre. 10 produits chimiques en un passage ! 10 substances dont on sait surtout qu’elles vont ruisseler avec les pluies d’orage et finir dans mon robinet ! 10 bonnes raisons de repenser notre politique alimentaire et agricole, 10 façons de flinguer notre ressource la plus précieuse, 10 sources de profit pour les chimiquiers du monde et 10 sources d’inquiétude supplémentaires pour le péquin moyen que je suis et qui va continuer à filtrer son eau en croisant les doigts…

Encadré : Les guerriers de la flotte

Je les ai rencontrés, les guerriers de la flotte, lors des « assises départementales de la nature et de l’environnement ». Un intitulé qui a de la gueule, un projet citoyen qui devrait rameuter les foules dans un département qui crève de trop d’agriculture intensive. Six heures d’ateliers et de débats programmés pour faire le point sur les problèmes écologiques du Gers et, surtout, apporter un ensemble de pistes et solution à proposer aux décideurs, élus et administrations, parties prenantes dans la gestion de notre bien commun. Au final, une cinquantaine de personnes, très motivées, très impliquées et aussi très usées. Parce que ce sont toujours les mêmes qui montent au front, année après année, inlassablement. Toujours les mêmes qui continuent à défendre l’intérêt commun, contre vents et marées, contre l’indifférence, surtout.

Les revoilà donc, dans la salle des fêtes de Lahitte, un joli petit village qui tutoie le sommet des collines gasconnes, à dépoter un café savoureux comme de l’eau de vaisselle dans un trucmuche de cantine, à préparer des tartines de rillettes de canard pour soutenir les débatteurs dans l’effort, à se battre, toujours et encore pour un mode de vie plus respectueux de la nature, pour une politique au service des citoyens et des générations futures. Représentants d’associations de terrain, de mouvements écolos, ils se retrouvent, une fois de plus, sans les élus, sans les journalistes, sans les citoyens surtout, et ils continuent.

Ça fout un peu les jetons, quand on y pense, que le gros des contrepouvoirs au fric et à l’avidité qui pourrissent tout, se trouve dans de jolis petits bleds perdus au milieu de nulle part…

Notes

1 Voir l’eau de marque Basani, vendue par Coke en Angleterre : http://www.zombiemedia.org/spip.php?breve232

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Sortir de la logique de guerre http://owni.fr/2009/08/31/sortir-de-la-logique-de-guerre-capitalisme-salariat/ http://owni.fr/2009/08/31/sortir-de-la-logique-de-guerre-capitalisme-salariat/#comments Mon, 31 Aug 2009 13:16:46 +0000 Admin http://owni.fr/?p=3038 Je réagis ici au billet musclé et décapant d’Agnès Maillard. Doit-on attendre la confrontation et la guerre sociale pour voir les individus commencer à sortir de leur torpeur, de leur réserve ou bien de leur trouille ? Ou bien le billet d’Agnès Maillard annonce-t-il un retour à l’esclavage pure et simple par l’endettement systématique et la dictature capitaliste ? Sommes-nous revenus sur nos pas ou bien avons-nous fait du sur place en ayant l’impression d’avoir avancé ? …

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